Enjeux et Analyse
dans un environnement bancaire européen
ultra-compétitif.
Le
présent article est un aperçu
d´une étude réalisée
en 1998 par György
Csizmadia, juriste licencié
en droit de l´Université
de Liège, pour le compte d´une
grande banque italienne.
Enjeux
Il
n´est un secret pour personne
que les banques européennes ont
à travailler dans un contexte
de plus en plus marqué par la
concentration et la globalisation. Les
marges sur les opérations classiques
de crédit corporatif sont délibérément
à la baisse et l´on peut
assister, marginalement, à l´émergence
d´un phénomène de
contrats d´adhésion présentés
non plus par les institutions de crédit
au client mais bien par le client corporatif
à son banquier.
Une
réponse, en termes de création
de nouveau centre de profit, réside
en la structuration d´opérations
à hautes marges ajoutées.
Le Project Financing d´infrastructures
dans l´Union Européenne
de ce point de vue représente
une opportunité très claire.
Il
s´agit d´une technique d´ingéniérie
financiero-légale qui permet
le financement d´infrastructures
ou d´équipements importants
principalement par le cash flow produit
par ces mêmes infrastructures
et équipements une fois mis en
service (par exemple une autoroute à
péage). Sa caractéristique
principale est que le projet est séparé
juridiquement des activités habituelles
des promoteurs. Ceux-ci sont donc en
théorie exempts de toute responsabilité
à l´égard du projet.
Retour
début de page
Cette
technique autorise ainsi la financiation
d´infrastructures dont le coût
dépasse les capacités
financières de ses promoteurs
ou encore le niveau maximum de risque
que ceux-ci sont prêts à
prendre individuellement
Les
domaines de l´énergie,
avec le renouvellement des centrales
électriques conventionnelles
et les nouveaux partenariats public-privé
pour la construction d´infrastructures
routières, ferroviaires et aéroportuaires
constituent autant de Project Finance
potentiels vu la hauteur des investissements
nécessaires.
La
banque peut occuper différents
rôles dans cet organigramme: pourvoyeur
de crédit au promoteur ou au
véhicule juridique, syndicateur
du crédit afin d´en répartir
le risque, garant (excellent incentif
pour amener d´autres financiers
à participer), pourvoyeur de
capital à risque (le plus souvent
en provenance d´un fonds commun
de placement) sous forme de participation
dans le véhicule juridique en
contrepartie de dividendes privilégiés
ou encore et enfin consultant financier.
A ce titre, la banque participera à
l´élaboration de l´étude
de viabilité et à l´identification
des options de financement et de leurs
risques.
Analyse d´un
Project Finance
Comme
je l´ai annoncé plus haut,
l´évaluation des revenus
générés par le
projet est particulièrement importante
car ces revenus devront être suffisant
pour couvrir les coûts de mise
en oeuvre de l´infrastructure
dans les délais impartis, ses
coûts opératifs, le remboursement
du financement, la couverture des intérêts
et la marge de la banque.
Une
évaluation des risques est donc
indispensable.
Retour
début de page
Comme
le diagramme ci-dessus le représente,
les phases préparatoire et de
construction sont risquées dans
la mesure où l´avancement
des fonds ne peut s´appuyer sur
un cash flow produit par le projet vu
qu´il n´est pas encore opératif.
La banque devra donc prévoir
toute une série de garanties
pour prévenir différents
risques.
La
phase préparatoire comporte
le risque promoteur et le risque politico-administratif.
Le risque lié au promoteur est
intimement lié à la construction
proprement dite. En effet, plus le promoteur
est solide, plus les chances d´un
projet mené à bien sont
fortes.
Il
est donc dans le meilleur intérêt
de l´organisme de crédit
d´exiger une apportation de capital
au véhicule juridique représentant
un montant de l´ordre de 15 à
50 % de la valeur du projet (le reste
viendra du financement externe: emprunts
et/ou émission d´obligations).
Une
analyse des risques liés à
la mise en oeuvre du projet est également
opportune; le promoteur fournira donc
une description des composants majeurs
du projet incluant les termes et conditions
des contrats avec les constructeurs
et compagnies chargées de la
conduite des activités ordinaires
d´exploitation de l´infrastructure
ainsi que les raisons justifiant de
la contractation de ceux-ci.
Le
risque politique ou encore administratif
semble à première vue
évident, les promoteurs devront
justifier des autorisations nécessaires.
Cependant, cela implique également
une analyse de la capacité du
projet à répondre économiquement
aux changements futurs de législations
qui imposeraient certaines contraintes
(entre autres environnementales). Un
autre élément à
prendre en considération est
la possibilité qu´en cas
de défaut du véhicule
juridique la banque prenne le contrôle
du management du projet. Cette extrémité
peut s´opposer à la nécessité
d´une approbation administrative
qu´il faut dores et déjà
envisager (Only the Paranoids will Survive,
c´est bien connu !).
Retour
début de page
La
phase de construction est la plus
risquée car c´est durant
cette période que l´ engagement
massif des fonds se réalisera.
Les problèmes de retards, de
niveau de conformance insuffisants de
l´infrastructure, de surcoût
ou pire d´abandon des travaux
impliquent une prise de risque considérable.
Différentes
méthodes de couverture s´accompagnant
de clauses idoines existent. Les constructeurs
se verront imposer des contrats clefs
en main avec spécification des
dommages moratoires ou liés à
une non-conformance. Les polices d´assurances
que les constructeurs contracteront
pourront être stipulées
(afin d´éviter les problèmes
liés à un dépôt
de bilan éventuel de constructeurs)
au bénéfice du véhicule
juridique ou même des institutions
de crédit.
On
veillera de plus à impliquer
le promoteur en s´assurant par
exemple qu´il versera la différence
entre les prévisions de revenus
et les revenus réels si ceux-ci
souffrent des retards de construction
ou de niveaux de conformance inférieurs
à ce qui avait été
stipulé.
En
ce qui concerne la phase opérationnelle,
ce sera le contrôle des coûts
et revenus qui s´imposera comme
facteur critique de succès.
Le
contrôle des coûts pourra
inclure le recours à la sous-traitance
des opérations et de la maintenance
des installations construites (ou la
mise sur pied d´un leasing opératif).
Cela
permettra en effet de répartir
plus encore les risques via la contractation
à long-terme de sociétés
solides et reconnues.
Les
risques liés à l´approvisionnement,
quantité et prix, éléments
importants par exemple dans l´exploitation
de centrales thermiques, seront également
couverts par des engagements à
long-terme mais aussi par des produits
dérivés et l´insertion
de clauses de type "put or pay" où
le fournisseur paye une pénalité
s´il ne fournit pas la quantité
stipulée.
Retour
début de page
Le
contrôle des revenus quand à
lui implique par exemple une négociation
bien pensée des contrats de concession.
Il est important à ce sujet de
prévoir une durée la plus
ample possible incluant la possibilité
d´adapter les prix au mieux des
intérêts du véhicule
juridique et donc de ses créanciers.
Des
swaps seront également à
souscrire si le cash flow est dans une
devise autre que les crédits.
Tout un cash management est d´ailleurs
à mettre en oeuvre pour prévenir
le risque de liquidité et de
réinvestissement existant dans
le chef du véhicule juridique.
Le risque de liquidité vise à
répondre au risque que le véhicule
juridique ne puisse satisfaire son service
de la dette à l´échéance
(risque distinct du risque de défaut)
alors que le risque de réinvestissement
répond au risque inverse càd
l´utilisation faite par le véhicule
juridique du montant correspondant au
service de la dette si cette somme vient
à être en possession du
véhicule avant l´échéance
périodique du service de la dette.
Conclusion
Pour
conclure, le Project Finance ne doit
pas tomber dans un juridisme béat
oublieux des réalités
économiques. Un délicat
équilibre quand au partage des
risques doit s´établir
entre l´organisme de crédit
et le promoteur.
En
effet, les garanties ont un coût
et plus nombreuses elles seront, plus
le recours au capital sera préférable
au crédit (il faut toutefois
nuancer en raison des aspects fiscaux
de ce choix qui sont tout sauf négligeables:
les intérêts sont déductibles
alors que le payement de dividendes
ne l´est pas) et cela d´autant
plus que le promoteur perçoit
souvent les organismes de crédit
comme moins entrepreneurials (mais est-ce
leur raison d´être ?) que
l´investisseur en capital en raison
des restrictions imposées à
la flexibilité du projet.